Tant que le loup n’y est pas

Aussi loin que remontent tes souvenirs, c’est leur regard dont tu te rappelles petite d’homme, une douce alchimie d’amour et de bienveillance.
Ton univers d’enfant est peuplé de vagues bonhommes aux jambes longues et vagabondes et au visage curieux.
Tu n’auras aucune gène à compléter plus tard tes dessins de maisons branlantes, ajoutent ça et là des fenêtres en coin et des cheminées penchées. Les fleurs du jardin seront souvent plus hautes et papa lui deviendra immense alors que les arbres resteront couchés.
Car c’est ainsi que tu perçois ton monde, baigné de couleurs abracadabrantes et d’êtres aimés.
Tu te régales du parfum des barbes à papa, les sucres d’orge te font saliver, tu crois bien sûr au Père Noël et les contes du soir te font rêver. Tout y finit toujours bien et alors que tu grandis, tu t’interroges sur cette grisaille environnante et ces immeubles collés serrés.
Tes petits bonhommes porteront bientôt de belles chaussures et des costumes sombres repassés, ils s’entretiendront avec des portables hurlants, un regard sur l’heure et toujours pressés. Papa ne sera plus si grand, maman aura l’air fatigué.
Et puis…
Le loup de tes histoires changera souvent d’apparence, il ne jouera plus et frappera souvent. Ton cœur dès lors s’en trouvera changé. Aussi loin que remonteront tes souvenirs, c’est leur regard d’avant qui va te manquer. Petite, tant que le loup n’y est pas, promène-toi dans les bois. Et si le loup y était, sans doute seras-tu déjà trop grande. Pourvu que tu gardes alors ton âme d’enfant devant cette étrange nouvelle réalité.

Triptyque 140 x 80

Planète maman

Donne-moi de l’encre, des craies ou du charbon.
Je te dessinerai le monde, tel qu’il est, à ma façon.
Donne-moi tes bâtons de rouge, ces restes de chocolat.
Je te montrerai comment faire un joli portrait de papa.
C’est facile, tu devines là où je veux t’emmener ?
Sois tranquille, ma copine, laisse-toi aller…
Un terrain de jeux parsemé de billes,
des enfants y jouent et s’y poussent dans des boîtes en carton…
Je vois bien que tes yeux s’écarquillent.
Accroche-toi à moi et surtout tiens bon !
C’est un si beau voyage que je t’offre là.
Viens dans ma bat’mobile, j’ai la permission de papa.
Je te présente mes amis qui ne demandent qu’à t’aimer,
des petites boules d’amour auxquelles poussent des pieds.
On va s’amuser à se faire peur, je sais que tu adores ça !
Et si jamais tes yeux pleurent on se cachera dans ma fusée.
Promis, plus tard, quand tu seras fatiguée,
nous rentrerons à la maison boire un grand verre de lait.
Nous grimperons aux fleurs, nous cueillerons des arbres
puis nous reculerons l’heure pour mieux recommencer.
Je sais, nos jeux, ça compte pour du beurre.
Mes dessins sont très faux mais je t’aime dans mon cœur.
Crois-en tes yeux, laisse-moi rêver.
Je reste ton super héros d’enfant quand je vis sur ta planète maman.

Diptyque 160 x 80

De trames et de voiles

Petit bout de femme accroupie sur la scène,
petite chrysalide déposée là comme ça,
parmi tant d’autres qui déjà ont déployé leurs ailes,
elle s’éveille à la vie et se découvre jeune fille.
Aucune cloison épaisse, pas de porte fermée,
seulement ces voiles pâles volant autour.
Aucune fenêtre close, pas d’escalier fuyant,
et pourtant ces larges trames à contre jour…
Tentatives d’évasion effilochées…
Dans sa prison dorée, elle aspire à être femme.
Se sentira-t-elle alors plus libre ?
Si seulement elle savait…

Triptyque 150 X 50

La lettre

J’écris…
J’écris une lettre…
J’écris une lettre à l’enfant : à celle qui malgré elle
s’est vue naître, à l’aube d’un certain printemps.
Les souvenirs m’assaillent et cependant s’effacent,
remplacés dans ma vie par ces présents instants.
Et je cours avec elle vers cette femme épanouie
qui me guide et m’appelle, j’y arrive sans bruit.
Dans la recherche de moi je tâtonne à souhait ;
je trimbale avec moi de singuliers clichés.
Mais l’enfant qui se noie dans mes confuses pensées,
je m’y accroche et j’y crois, tant de secrets inavoués !

Je t’écris…
Je t’écris une lettre…
Je t’écris une lettre, mon enfant : à toi que j’ai choisi
de faire naître à l’aube d’un nouveau printemps.
De tes métamorphoses à venir, je m’y prépare, je dois te dire.
N’oublie jamais dans l’avenir, comment tu existais enfant.
Avant les autres, avant les dires, rien que toi au firmament !

Toile 80 x 100
Technique mixte